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Leadership & Management

Excès de confiance - l'angle mort des dirigeants

MS

Marion Stromboni

Coach professionnelle • Corse

6 min de lecture
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Excès de confiance  - l'angle mort des dirigeants

Excès de confiance : l'angle mort des dirigeants

Vous êtes compétent. Expérimenté. Vous avez fait vos preuves.

Et c'est précisément là que le piège se referme.

Votre plus grande force — cette expérience accumulée année après année — peut devenir votre pire ennemie. Pas parce qu'elle vous trahit. Mais parce qu'elle vous rend sourd aux signaux qui ne collent plus à ce que vous croyez savoir.

Ce phénomène porte un nom : le biais d'excès de confiance. Il touche les profils experts. Et il coûte cher, au bureau comme à la maison.

Qu'est-ce que le biais d'excès de confiance ?

Définition : le biais d'excès de confiance est un biais cognitif qui se manifeste lorsque la certitude que vous avez dans votre propre jugement dépasse la réalité de votre exactitude objective.

Traduction concrète : vous êtes plus sûr d'avoir raison que vous n'avez réellement raison.

Attention, ne confondons pas. Il ne s'agit pas d'avoir confiance en soi. La confiance en soi est un moteur. Elle permet de décider, d'entraîner, d'assumer. L'excès de confiance, lui, est un plafond de verre invisible.

Chez un expert, il se traduit par trois mécanismes bien identifiés :

  • La surestimation de la précision : « Mes diagnostics sont fiables, je ne me trompe pas sur ce sujet. »
  • L'ignorance des signaux faibles : les données contradictoires sont écartées trop vite, parce qu'elles dérangent le récit.
  • L'illusion de contrôle : « Mon expérience me protège de l'erreur. »

Quand vous êtes trop sûr de vous, vous cessez de voir :

  • les petits signes qui devraient vous alerter,
  • les remarques qui vous dérangent (et qui sont souvent les plus utiles),
  • ce que vous ratez, parce que vous pensez déjà tout savoir.

À retenir : l'excès de confiance n'est pas un défaut de caractère. C'est un mécanisme cognitif normal, qui s'accentue avec l'expertise. Plus vous savez, plus le risque augmente.

En entreprise, l'excès de confiance coûte cher

Prenons un cas que je rencontre souvent en coaching de dirigeants.

Il a commencé en bas de l'échelle. Il a tout fait de ses mains : la production, la relation client, les nuits blanches avant les livraisons. Aujourd'hui, il dirige une entreprise de quarante personnes.

Mais dans sa tête, c'est toujours lui qui sait « comment on fait ».

Ce qui se passe concrètement

  • Il pense que c'est facile. « Je l'ai fait, donc c'est simple. » Il sous-estime la charge réelle de ses équipes.
  • Il croit qu'il n'y a qu'une seule bonne méthode : la sienne. Toute autre approche est perçue comme une perte de temps.
  • Il ne voit pas l'évolution des métiers. Les outils ont changé, les attentes clients aussi, les réglementations également. Sa carte mentale date de dix ans.
  • Il ne voit pas le caractère des gens. Leurs forces, leurs besoins, leurs façons de travailler. Il applique un modèle unique à des profils très différents.

Les conséquences en management

Le résultat est prévisible :

  • Des équipes frustrées et démotivées. Elles se sentent incomprises, jamais reconnues à leur juste valeur.
  • Des erreurs de jugement. Le dirigeant décide depuis sa tête, plus depuis la réalité du terrain.
  • Des opportunités manquées. Il n'écoute pas ce qui a changé sur son marché.
  • Une fuite des talents. Les meilleurs partent là où leur avis compte.

Son expérience, c'était sa force. Devenue certitude, elle est devenue son angle mort.

À retenir : en leadership, l'excès de confiance ne se voit jamais de l'intérieur. Il se mesure aux effets qu'il produit sur les autres.

Et dans la vie personnelle ? C'est pareil. Parfois pire.

On parle beaucoup de ce biais en entreprise. Beaucoup moins à la maison. Pourtant, les dégâts y sont souvent plus profonds.

Dans le couple : « Je sais ce qu'il ou elle ressent. » Sauf que vous n'avez pas posé la question. Et que vous vous trompez. Vous répondez à un besoin imaginaire pendant que le vrai besoin reste sur la table.

En parentalité : « Je sais ce dont mon enfant a besoin. » Sans écouter ce qu'il exprime réellement, avec ses mots à lui, dans son époque à lui.

Entre amis : « Je peux régler ce conflit facilement. » Sans prendre le temps d'entendre chaque partie. Et le conflit s'aggrave.

Le point commun ? Vous remplacez l'écoute par la déduction. Et la déduction s'appuie sur des données périmées.

Comment cultiver une confiance juste : 4 leviers concrets

La bonne nouvelle : ce biais se travaille. Pas en se dévalorisant, mais en installant des garde-fous. Voici les quatre leviers que je travaille avec les dirigeants que j'accompagne.

1. Questionnez vos certitudes

Posez-vous systématiquement cette question avant une décision importante :

« Et si j'avais tort ? Qu'est-ce qui pourrait me le prouver ? »

Cette question inverse le mécanisme. Au lieu de chercher ce qui confirme votre position, vous cherchez activement ce qui la contredit. En neurosciences, on parle de contrer le biais de confirmation, cette tendance naturelle à ne retenir que les informations qui vont dans notre sens.

En pratique : sur vos trois prochaines décisions stratégiques, listez par écrit deux arguments solides contre votre choix.

2. Écoutez les signaux faibles

Un feedback discret. Un silence en réunion. Une hésitation dans une réponse. Un collaborateur qui ne pose plus de questions.

Ce sont des données. Prenez-les au sérieux.

En pratique : quand quelque chose vous dérange dans une remarque, notez-la. Relisez-la 48 heures plus tard, à froid. Ce qui pique contient souvent l'information la plus utile.

3. Entourez-vous de regards extérieurs

Les personnes qui pensent comme vous ne vous font pas progresser. Elles vous rassurent.

Cherchez la diversité : profils différents, générations différentes, métiers différents. Et surtout : donnez-leur l'autorisation explicite de vous contredire. Sans cette autorisation, personne ne prendra le risque.

En pratique : identifiez dans votre entourage professionnel une personne capable de vous dire non. Sollicitez-la avant vos décisions engageantes.

4. Célébrez vos erreurs

Vos réussites vous confortent. Vos erreurs vous apprennent.

Un dirigeant qui assume publiquement une erreur crée une culture où l'équipe ose signaler les problèmes tôt. C'est un investissement direct sur la performance collective.

En pratique : ouvrez un point mensuel « ce qu'on a raté et ce qu'on en tire ». Commencez par votre propre erreur.

À retenir : une confiance juste, c'est une confiance qui accepte d'être vérifiée.

Les questions que l'on me pose souvent

Comment savoir si je suis en excès de confiance ? Trois indicateurs : vous prenez vos décisions de plus en plus vite, vous êtes de moins en moins contredit, et vos équipes vous posent de moins en moins de questions. Le silence autour de vous est rarement un signe d'adhésion.

Ce biais disparaît-il avec l'expérience ? Non. Il augmente avec l'expertise. Plus vous maîtrisez un domaine, plus votre cerveau économise l'effort d'analyse. C'est efficace… jusqu'au jour où le contexte change.

Peut-on avoir confiance en soi sans excès ? Oui, et c'est même l'objectif. La confiance juste, c'est savoir ce que vous maîtrisez et savoir où sont vos zones d'incertitude. Les deux, en même temps.

Un coaching peut-il aider sur ce point ? C'est même l'un des terrains les plus fréquents. Un coach professionnel apporte ce que votre environnement ne vous offre plus : un regard extérieur, sans enjeu hiérarchique, qui questionne vos évidences sans vous juger.

Ce qu'il faut retenir

  • L'excès de confiance, c'est croire qu'on a raison plus que la réalité ne le montre.
  • Il touche particulièrement les profils expérimentés et les dirigeants.
  • Ses effets : décisions hâtives, équipes démotivées, opportunités manquées, relations abîmées.
  • Quatre leviers pour le corriger : questionner ses certitudes, écouter les signaux faibles, s'entourer de regards différents, célébrer ses erreurs.

Votre expérience est un capital immense. Ne la laissez pas se transformer en angle mort.

Et vous, où l'excès de confiance vous a-t-il déjà joué des tours ? Au travail, en couple, en parentalité ?

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En tant que coach professionnelle certifiée basée en Corse, j'accompagne les dirigeants et managers dans le développement de leur intelligence émotionnelle et leur posture décisionnelle.

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